Un homme passe devant un écran de télévision diffusant un journal télévisé avec des images d'archives de la rencontre de 2019 entre le président chinois Xi Jinping et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, dans une gare de Séoul, le 8 juin 2026 ( AFP / Jung Yeon-je )
Le président chinois Xi Jinping a été accueilli en grande pompe lundi en Corée du Nord pour sa première visite depuis 2019, à l'heure où Pyongyang s'est rapproché de Moscou et maintient fermement le cap sur son programme nucléaire.
La Chine est un soutien diplomatique, économique et politique essentiel pour la Corée du Nord, soumise à de multiples sanctions de l'ONU.
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et son épouse Ri Sol-ju ont accueilli Xi Jinping, accompagné de son épouse Peng Liyuan, à l'arrivée de leur avion Air China à Pyongyang, selon une vidéo de l'agence d'Etat Chine Nouvelle.
Dans la capitale, d'immenses portraits des deux dirigeants dominaient la place Kim Il Sung lors d'une vaste cérémonie de bienvenue, où des soldats et enfants vêtus de costumes colorés attendaient l'arrivée du président chinois, a montré la télévision chinoise CCTV.
Une fanfare militaire a joué les hymnes nationaux des deux pays, et M. Xi a accompagné Kim Jong Un pour une inspection de la garde d'honneur, tandis qu'une foule en liesse brandissait drapeaux, fleurs et ballons, selon ces images.
Cette visite a lieu moins d'un mois après les déplacements à Pékin des présidents américain et russe Donald Trump et Vladimir Poutine, et alors que les discussions nucléaires entre Pyongyang et Washington restent dans l’impasse.
M. Xi, accompagné notamment du ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, devrait chercher à affirmer la prééminence du lien sino/nord-coréen, notamment face au rapprochement des dernières années entre Pyongyang et Moscou et dans l'éventualité d'une nouvelle tentative d'ouverture américaine envers Kim Jong Un.
"Peu importe l'évolution des temps ou la façon dont la situation internationale se transforme, l'amitié traditionnelle entre la Chine et la Corée du Nord est toujours invincible", a déclaré Xi Jinping en une lundi du Rodong Sinmun, le journal du parti nord-coréen au pouvoir.
"Privilégier la stabilité"
Le président chinois Xi Jinping (à gauche) et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un le 3 septembre 2025 lors d'un défilé marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale, à Pékin ( AFP / Jade Gao )
La Maison Blanche a déclaré le mois dernier que Xi Jinping et Donald Trump avaient "confirmé leur objectif commun de dénucléarisation de la Corée du Nord" lors de leur récent sommet à Pékin.
La veille de la venue de Xi Jinping, l'influente sœur de Kim Jong Un, Kim Yo Jong, a cependant répété qu'il était hors de question d'abandonner l'arme atomique.
Depuis l'échec du sommet Kim-Trump en 2019, faute d'accord sur la dénucléarisation et les sanctions, la Corée du Nord a plusieurs fois déclaré "irréversible" son statut de puissance atomique.
Le président sud-coréen progressiste Lee Jae Myung a estimé lundi que Séoul ne devait pas renoncer à la dénucléarisation de la Corée du Nord, au risque sinon d'enclencher un effet domino dans toute l'Asie de l'Est
Les drapeaux nationaux de la Corée du Nord et de la Chine flottent dans une rue de Pyongyang le 8 juin 2026 ( AFP / KIM Won Jin )
"La Corée du Nord produit encore des matières nucléaires à l'heure même où nous parlons", a indiqué M. Lee devant la presse.
"Pékin a probablement déjà accepté la Corée du Nord comme puissance nucléaire", mais Xi Jinping "dira probablement à Kim que la Chine veut la stabilité plus que tout", estime Minseon Ku, professeure à l'université DePaul aux Etats-Unis.
"La Chine a toujours privilégié la stabilité et doit actuellement gérer ses relations et différends avec les Etats-Unis", rappelle-t-elle à l'AFP.
Alliance militaire
Seong-Hyon Lee, chercheur invité au Harvard University Asia Center, estime aussi que Pékin opère un virage vers le "soutien à la durabilité du régime", plutôt que la dénucléarisation.
"La stratégie régionale plus large de la Chine bénéficie d'un État-tampon stable, lourdement armé et aligné, ce qui accapare une partie des ressources militaires des États-Unis et de leurs alliés", a-t-il déclaré à l'AFP.
La Corée du Nord est le seul pays lié à Pékin par une alliance militaire officielle et contraignante.
"À mesure que le statut international de la Chine s'élève, Pékin cherche probablement à attirer plus activement Pyongyang dans son orbite diplomatique", complète Lim Eul-chul, de l'université Kyungnam.
Le président russe Vladimir Poutine (à gauche), son homologue chinois Xi Jinping (au milieu) et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un (à droite), après un défilé marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale, à Pékin ( AFP / Jade Gao )
Le déplacement de M. Xi se produit alors que Kim Jong Un s'est considérablement rapproché de Moscou, envoyant des milliers de soldats soutenir les forces russes contre l'Ukraine.
En septembre dernier, M. Kim est apparu aux côtés de MM. Xi et Poutine lors d'un grand défilé militaire à Pékin, montrant un statut renforcé sur la scène politique mondiale.
Pour sa part, Jun Sang-gab, 65 ans, guide touristique sud-coréen vivant près de la frontière intercoréenne, espère que Pyongyang "ouvre son économie" et suive le modèle de développement chinois.
De sorte à éviter ainsi "des incidents tels qu'une unification armée ou une guerre", confie-t-il à l'AFP.

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